rencontres Marrakech
Rien ne résiste aux multiples chocs, rencontres, croisements. La carrosserie si neuve maintenant bosselée. Les enfants sautent sur celle-ci, capot, toit fléchissent. Traces de pas. Les adultes s’appuient sur les ailes, chaussures griffent car jambes repliées sur elles. Rétroviseurs arrachés, essuies glace de même. Pneus crevés car mal garé ou gardien mécontent. Ce n’est pas une épave. Juste des brimborions d’horions qui constellent, des éraflures noires, rouges. Des vélos, vélomoteurs ne pouvant s’arrêter à temps percutent le pare choc arrière, le stop en meurt, étiolé le Plexiglas.
Le voisin s’en vient frapper à la porte en compagnie du propriétaire de l’hôtel qui nous précède. Ils arrivent pour nous mettre en garde et menacer tout à la fois. Ils savent que nous recevons des couples marocains non mariés. C’est interdit. Avant que de porter plainte – ce qui pourrait nous être préjudiciable susurrent-ils – ils viennent prévenir que les voisins – quel degré de certitude ? – se plaignent, veulent signer une pétition. N’est-ce point jalousie du fils de la voisine ? Concurrence pour l’hôtel que notre activité ?
Le salon marocain au premier étage d’une maison à Guéliz, bondé. D’un côté les femmes, vêtues de leurs apparats de fête, entre elles discutent. Toutes – sauf les jeunes filles et encore !
– un postérieur de jument, des tétines de vaches qui tombent sur le poitrail. Sous la djellaba des collants de laine.
Fatima dort ainsi fagotée. On se demande – excepté lorsqu’elle se rend au hammam – quand fait-elle sa toilette intime ?
Maquillées, lèvres peintes, elles commèrent.. De l’autre côté alignés sur la banquette les hommes. Tous se connaissent. Trois quatre Européens. Dans le salon le groupe de musiciens de Majoub. Réglage du son, de l’éclairage. Il s’agit d’enregistrer pour une société de production espagnole. Les lumières tamisées avec du papier filtre jaunasse. Le preneur de sons, cheveux longes, sales, pas rasé, lunettes dont les branches tiennent avec du sparadrap ; cameraman semblant Quasimodo, nez busqué, tête tourneboulée, fume joint sur joint. La script détonne au milieu des « gazelles ». Pas de hanches. Sa jupe ne tient. Pas de seins. Soutien gorge superflu. Figure rude, déjà plissée alors qu’à peine trente ans. Deux Français homosexuels habillés autochtones, djellabas, frappent un rythme en leurs mains, leurs bouches esquissant les paroles qu’ils ne comprennent. Sylvie s’est endormie malgré les bruits. La musique onomatopée ritournelle et les chants ; les marocains en extase communient et moi je m’ennuie. Même mélodie à l’infini qui dure des heures, mêmes phrases syncopées, itérations. Mieux vaut partir.
- Vous ne restez pas pour le couscous ?
On est fatigué, lui est malade. A demain, Inch Allah.
Une heure du matin la place vide. Trouver une grillade, finir la soirée assis sur un banc, les mains enduites de graisse. Le rot vient. On se sépare.


