Risques à l’entrée du derb
A l’entrée du derb, une boutique, deux jeunes y teintent des blousons de cuir – noir en général – Deux modèles pendent accrochés au dessus de la devanture de la boutique– si on peut appeler ainsi le trou béant qui sert d’atelier.
Ces jeunes habitent dans le Riad qui jouxte le mien. La mère ne veut pas que – depuis la terrasse – l’on puisse regarder chez elle. Un grand muret fait office de protection Lorsque je voulus l’abaisser pour avoir la vue sur la place Jaama : refus. Discussions nombreuses tendues. Mère et fils visages fermés. Proposition d’un parapet, garde fou empêchant toute personne de voir leur misérable patio. Incompréhension. Depuis les fils épient chaque personne qui vient entre ou sort, quitte ou reste dans le Dar.
Lors de croisement ils baissent les yeux pour n’avoir pas à saluer.
De temps à autre menacent Bouch – le seul à qui ils s’adressent – Bouch est un trouillard ! -. Ils savent que des marocaines furent hébergées. Ils veulent monter un comité pour porter plainte. Une marocaine – non mariée – ne peut – sous peine d’enfreindre la loi – sévère – coucher à l’hôtel avec son ami. Evidemment la règle se contourne. Il suffit de louer deux chambres. Personne n’est obligé de savoir ce qui se passe après !
Ce matin Bouch et Azziz s’escriment à l’aide d’une ferraille tentant, à partir des regards, de déboucher les égouts. Le papier hygiénique utilisé par nos hôtes Français ayant obstrué les minuscules canalisations. La merde remonte inondant le patio ! Il faut dire que les marocains n’utilisant pas de papier toilette, ni de serviettes périodiques, ne se douchant pas – ils vont au hammam – un simple tube suffit à l’évacuation des eaux.
Pour remédier à cet incident il faudrait casser la dalle du patio. Il en est ainsi de tous les Riads transformés en maison d’hôtes.
Tous les derbs constamment en travaux. La Radeema creuse pour le tout à l’égout, pose d’énormes tuyaux, les ouvriers avec cordes, sans protection, les font glisser au fond de la cavité à l’aide de cordage, ni treuil ni palans. On a l’impression d’un chantier perpétuel.
Il tombe des averses comme jamais vues depuis dix ans. Les touristes restent enfermés en leur chambre à s’ennuyer cependant les marrakchis contents clament que la nature sera belle au printemps. A Settat dix morts à cause des inondations. La route de Casa bloquée, impraticable.
Dans le Dar le patio engorgé, les regards débordent , passer la raclette, fouailler dans les tuyaux ; les zincs descendant des terrasses crevés, dont il manque le plus souvent la partie inférieure, des cataractes éclaboussent les rares habitants qui s’aventurent à l’extérieur. L’électricité vient à manquer.
Fatima mécontente, serpillière en mains grommelle. Les locataires du premier – des jeunes gens de Casa – chambre en désordre sale – boites de bière, whisky, pastis – l’appellent pour avoir un briquet. Elle s’y rend. Revient pataugeant et rallant : « C’est sale ! C’est pas permis. J’ai fait deux fois leur chambre. Même ils m’ont pas donné un Dirham pour ma petite fille, « la pauvre ».
Ainsi se plaint-elle, estimant que parce qu’elle fait le ménage – ce pour quoi elle est payée – les clients devraient lui donner un bakchich pour sa petite fille « la pauvre », qu’elle traîne partout, tout le temps avec elle. Les locataires n’en ont rien à foutre ! Alors elle boude d’un mutisme sombre.


