Rêve de femme Marrakchi
Rencontre dans la ruelle. Elle, jeans, bleue habillée, arrête son vélomoteur. Son sourire éclatant
– oui, je sais, je me répète ! – m’éblouit. Ses dents si blanches, fines régulières accentuent cette impression de gentillesse. Ses yeux me fixent.
- Je t’appellerai demain
C’est sur ?
Oui, demain, Inch’Allah.
Déjà elle repart.
Le chien solitaire erre. S’arrête un instant. Semble perdu, désorienté. Ses yeux jaunes cherchent. Sa tête d’un côté puis de l’autre. S’assied. Se met à pleurer doucement. Son aboiement rauque, bas, une plainte, court dans la venelle. Les passants s‘en moquent. La tristesse gagne, le pleur en intensité croit, c’est un long cri, une peine incommensurable. Agaçante aux humains. On va le chasser. Ne plus déranger les excités de l’activité, ne pas les troubler. Lentement, regard triste apeuré, vers l’arrière, comme à regret, la bête s’en va. Une douce pitié me saisit, un vague à l’âme. Me voilà triste aussi. Deux jours, deux jours la tête constamment occupée à la pensée qu’elle peut m’appeler. Doit m’appeler. Deux jours à guetter le bruit des vélomoteurs, espérer que ce fut elle. Déception. Me rendant à mes occupations mes esprits, mes yeux, oreilles, mon corps, tendus dans l’attente, attentifs, scrutant. Pensée fixe, orientée, obnubilée. A chaque sonnerie du téléphone un espoir, une déception. Mohamed je ne lui en parle. Je n’écoute personne Le portable au creux de la main. Invité, à peine poli, je m’en vais tôt. Je dors mal. Les neurones agacés vibrent comme l’archet sur la corde. L’heure passant, espérer devient pénible. Elle – je lui cherche des excuses – a perdu mon numéro, n’ose pas, trop occupée par ses patrons, timide.
Simplement, maintenant je le sens, je le sais, je le comprends, ne veut de moi. Moi, double d’âge. Civilisation, mœurs, éthique différents. Mésalliance, en somme. Assommé le somme me prend. Des cauchemars, la vie, le passé resurgissent. J’approche la fin. Mon corps déjà en porte les stigmates. Peau lâche, ridée, muscles affadis, chair molle, toute l’histoire d’un parcours s’inscrit en hiéroglyphes sur le parchemin de mon être.
Je ressens au réveil une solitude infinie. Le miroir me renvoie l’image d’un homme fini. A quoi me servent les jours, quel devenir ? Je soupire. La sonnette retentit. Ouvrir, accueillir, sourire, celer ses secrets, ses déceptions, avancer, marcher, aller de l’avant tiré par les événements. Occuper mon corps, le fatiguer. Occuper mes esprits, développer de nombreuses activités. Se bouger à l’extrême. Tomber de fatigue. Ne plus y songer, oublier, oublier. Et, demain…


