Rêve Marrakchi
Les cicatrices du corps sont visibles, non celles de l’esprit. Nul ne peut savoir ce qu’elles sont ni d’ou elles proviennent à moins que de connaître – et encore – intimement la personne. Le rôle, le poids du passé ne se lisent pas ; les rides de la vie, ces vaguelettes de l’âge inscrites en creux sur le parchemin qu’est notre corps, cette écriture ne révèle le contenu, les séquelles des souffrances spirituelles.
Ce soir nous serons ensemble.
En milieu d’après midi un appel téléphonique bref, laconique.
Je suis très malade. Je ne pourrais venir.
C’en est fini !
Déjà elle m’oublie, elle m’oublie.
Touché !
Celui qui joue les « durs », l’indifférent, vacille, l’esprit anéanti, les projets terminés, exterminés en une phrase. L’esprit s’égare. La cherche. Va au-devant d’elle. Bute. Ne trouve rien. Pas une idée. Pas une solution. Pas d’espoir. La terre se vide. Il n’est plus une âme, un être, une relation, un ami, un confident. Vide. Seul. Errant à jamais dans les limbes. Zombie de la vie. Je parcourrais un chemin sans charme, inconscient de son existence, de sa réalité. Plus aucune image, plus aucun son, tactilement neutre, plus d’intérêt, d’envies, le néant. L’être et le néant ! Nul besoin de philosopher, de ratiociner, de palabrer, d’expliquer, nul truisme, théorie ne m’émouvra, ne me touchera ; insensible comme anesthésié. J’errerai dans des sphères où j’appellerai l’éternité à me recevoir, hôte de la nuit infinie, cordon ombilical coupé, la terre disparaît là, en dessous, loin, si loin, l’âme céleste s’évade vers des paradis dans la lumière blanche de l’accueil de l’au-delà.
- C’est quoi le Golf Palace à la palmeraie ?
Un grand hôtel de luxe, cher, à la …Palmeraie !
Et tu dis que des clients qui sont là-bas souhaitent venir ici et louer tout Dar Jaama ?
Abdel s’emporte.
- Oui, oui. J’ai un ami qui sert de garde du corps à cette famille. Ils vont venir. Je leur ai fait mille dirhams tout le Dar.
- Tu rigoles. Ces gens ne vont pas venir.
Si, si . Je t’assure.
C’est quoi ce délire ? Demande Sylvie.
Abdel persiste.
- Pourquoi pas ? S’ils veulent être près de la place, vivre une aventure, hein ? Ils veulent le Dar pour eux tout seuls.
Fatima doit partir ?
Ils veulent être seuls avec leurs enfants et le garde du corps.
Il faudrait mettre ici une caméra cachée. Il y a toujours des gags dans ce Dar. Dit Bouch.
Abdel nous quitte vexé.
- C’est vrai ça ! Il a des clients, ils vont venir, ils ne veulent passer que par lui, ils vont visiter, ils vont réserver, ils vont payer une avance et… jamais personne ne vient !


