Ramadan au Maroc
Au matin la ruelle vide s’étire entre les hauts murs des Riads.
Vide !
Surprenant. A l’accoutumée toujours un visage paraît derrière une porte épiant une djellaba sombre qui serpente ou une mobylette qui, pétaradante et fumante, à grands coups de pédale, parcourt le raidillon qui mène à la rue.
Personne !
La rue, rideaux métalliques des échoppes baissés, pas un quidam. Le soleil marque d’une ombre matinale, légère les pavés récemment posés. Sur mes épaules une douce chaleur. Mais je suis seul. Etrange.
Arrivé place Jaama mon étonnement s’accroît. Excepté les marchands de jus d’orange, debout derrière leurs stands, tous les bazars clos. Le café de France – les autres aussi CTM, Argana – terrasses nues sans tables, ni chaises, rideaux obstruants.
Pas d’agent de police sifflant, peu de petits taxis. Quelques touristes égarés, parcourent la place, ébaubis du calme, de l’espace.
Ramadan telle est l’explication.
Lentement comme sortant de léthargie la vie va s’animer vers les dix heures trente. Tout ce qui a trait aux cafés, restaurants, nourriture reste clos. Manger – le midi – une gageure sauf dans les grands hôtels. Ne parlons pas de l’alcool.
Les femmes non maquillées, non parfumées font les courses. On pense toute la journée au « ftour » (petit déjeuner), qui se fera lors de la reprise après la prière de dix sept heures. Chacun guette les aiguilles. Dès le quart de dix sept heures on voit les gens se précipiter en foule compacte, pressée, vivace, vers chez eux. Le « ftour » convivial va durer une bonne heure. Toujours pour commencer la soupe, souvent la « harira » puis des douceurs gâteaux, dattes et le …thé ! On « petit déjeune » devant la télé : feuilletons tout le mois Egyptien, Saoudiens, Marocains(éternelle Khadija Assad !)
Après avoir déjeuné sortie dans les rues, les bars se remplissent. Les hommes entre eux palabrent. Les femmes se sont maquillées, parfumées. Dans la journée le parfum – même le respirer – le sexe - sont prohibés. Si elles font l’amour seul le corps participe, pas l’esprit !
Le ramadan peut avoir lieu en été. A cette époque les journées plus longues(près de seize heures), plus chaudes, voir torrides, rendent celui-ci difficile à supporter, fatigue, lassitude.
On ne doit rien ingurgiter de la première prière à celle de la reprise. Ni eau, ni nourriture. Pas de tabac. On se rattrape le soir avec le kif.
Si d’aventure quelqu’un – dans la journée –sent l’alcool son ramadan ne compte plus, en outre il risque l’opprobre – parfois musclée – de ses congénères, voir la prison.
La veille du vingt septième jour du ramadan – on ne dit pas le vingt sixième – c’est l’ouverture du ciel. On va prier toute la nuit allant jusqu’à se faire apporter à manger dans la mosquée ! Cette nuit de prières vaut pour mille ans. Aussi ce matin tout le monde dort.
Déjà la vie économique ralentie jusque là s’arrête quasiment.
Fin du ramadan proche : une fête se prépare. Les ouvriers cessent le travail, retournent chez eux dans les bleds. Près de cinq jours de fête ! Celle-ci est dans les esprits – constamment – tout au long du ramadan. Pendant toute cette période de jeune, ramadan est une excuse pour tout oubli, manquement ou erreur !


