Ramadan, après le ftour
Au soir Mohamed le « tâcheron » après le « ftour » sort vêtu tel un lord. Il aime à se changer, à porter beau. Chaque fois qu’il emprunte ma voiture, avant que de s’en servir, il la fait laver, nettoyer intérieur, extérieur. Elle doit briller. Quitte à ne mettre que peu d’essence. Ne se préoccupe ni de l’eau ni de l’huile moteur, ni de la pression des pneus…Tout pour la façade, l’apparence !
Il aime à se dégingander, ses bras voltigeant en arabesques graciles, les jambes martelant le rythme endiablé. Il a la musique dans la peau – origine africaine ?! – danser un plaisir.
Partout – et à chaque fois – que nous sommes invités pour le ftour ou un dîner, nul de nos hôtes ne semble se préoccuper de nous. Télévision à fond qu’ils allument dès votre arrivée. La télé nuisible – ici comme partout où elle existe – désocialise. Rien à se dire hormis les sempiternelles salutations d’usage. Vous êtes là pour manger !
Azziz sous dialyse est exempt de ramadan, comme le sont tous ceux qui sont malades, sont en déplacements, les garçons jusqu’à leur première éjaculation, les filles leurs règles.
Azziz malgré tout s’y astreint. Allah, pour lui, est grand. Il sait ce qu’il fait pour lui. Le Coran dit que l’ascèse est bonne pour le corps, que cela le purifie.
Azziz si prompt à se fâcher doit se calmer.
Si quelqu’un se bat son ramadan n’est pas pris en compte.
Azziz raconte qu’un de ses oncles apprenant qu’il était atteint d’une maladie incurable, soignable peut-être aux Etats-Unis, préféra se rendre à la Mecque et y mourut pendant le ramadan. Maintenant on le vénère, tout comme ceux qui se sont rendus à la Mecque que l’on nomme : « haj ».
A chaque ramadan la famille d’Aziz fête l’événement, cette chance qu’eut l’oncle de décéder à la Mecque. Chaque jour, pour le commémorer, pendant toute la durée du ramadan, elle distribue soupes, mets à ceux – les pauvres – qui viennent frapper à leur porte. Ainsi nourrissent-ils plus de soixante indigents.
Bouchaib, lui, ne pratique pas. Pas de « ramdam ». Il prend son thé, mange, fume du kif, même en journée, qu’il partage – ou plutôt l’inverse – avec Sylvie. Petite, cheveux longs, brune, lunettes de verre cerclées fer, il lui a pris la fantaisie d’acheter une gandoura, elle parcourt les ruelles ainsi capée. La voix haut perchée, presque en suraigu agace Abdel – lui, on dirait d’un comique – les yeux roulants, la tête secouant ; la prise de bec enfle : il faut les calmer.
La patience n’est pas le fort de la fille. S’emporte vite, ne comprend pas qu’Abdel ne comprenne pas, le ton monte, la gifle part, vive, sèche. Abdel se contient, frappe du plat de la main sur le bureau et casse la vitre.


