La Medina de Marrakech
Des ruelles commerçantes étroites, certaines de venelles en canisses brûlées par le soleil, le sol de terre et poussières qu’ils - à l’aide d’une écuelle - arrosent à longueur de temps – rafraîchissement, éviter que la poussière ne se soulève - des échoppes profondes, sombres, si petites qu’à peine le commerçant y tient assis.
Interpellations, injures, palabres, commentaires au milieu de la ruelle, cerné par les gaz d’échappement, flottent des odeurs souvent désagréables : détritus, ânes déféquant ; les mendiants, les pauvres, les infirmes estropiés, les femmes - enfants en bas âge aux bras - quémandent dans l’indifférence générale, il y en a tant ! les adolescents au travail de l’aube à la dernière prière, toujours sourires, blagueurs, dragueurs, les yeux d’un velouté angélique suivent les courbes des femmes, gazelles qu’ils veulent séduire ; un entrelacs de couleur du noir le plus cru, strict aux gandouras, caftans, djellabas - soie blanche - gamme de teintes qui parcourent ces ruelles comme lucioles au couchant ; des ruelles, goudron éculé, éclaté, clairsemées de trous en formation, les babouches s’y tordent, les roues de vélo s’y enfoncent, les amortisseurs couinent, l’âne braie, la carriole cède, chacun veut passer, se croiser poussant, cohue dans les deux sens, avertisseurs, sonnettes, onomatopées pour prévenir, tohu-bohu, demander passage, de la place – « balek » - ; sur le côté assises les vieilles ridées, sales de la poussière locale, tendent une main parchemin pour une offrande obtenir, le cul de jatte exhibe son moignon, l’aveugle accroché au bras de l’enfant vous regarde de son œil mort et blanc, la fillette vous salue en Français - on le leur apprend à l’école - vous réclame Dirhams ou bonbons, les garçons effrontés vous nomment Zidane, les épouses voilées détournent la tête, le muezzin reprend sa palinodie, chant céleste quelque peu criard - relayé par haut parleur - vibre dans les airs - cinq fois par jour - ; à coté en les « derbs » nulle activité, de hauts murs cachent des Riads alignés, ocres, roux, pourpre délavé, saumon et la couleur de Marrakech de cette terre si particulière et le sable roux que le Chergui apporte qui, sur les terrasses, forme tapis de grains sable ; quelques portes entrouvertes l’œil pénètre curieux découvre des patios arborés : orangers, bigaradiers, citronniers, palmiers, parfois une fontaine centrée et le carrelage - qu’ils nomment zellige - aux motifs bleutés ; un soleil chauffé au fer blanc clame sa suprématie, l’ombre en pâtit, les eucalyptus roussissent, la chaussée fume et le goudron fond, même l’eau projetée, les canisses, n’apportent qu’une relative douceur perdue quelques pas plus avant. Chacun marche en silence à l’heure du midi écrasé de chaleur, le chergui souffle encore, une sueur sèche, se désaltérer une envie obsession, un besoin physiologique, l’homme sue et de ses pores s’évaporent les toxines Il n’y a qu’ici, en ce lieu unique - sous ce ciel lactescent - qu’une telle température se supporte (peut-être aussi à Assouan).
Les couleurs changent selon l’heure, la saison ou la clarté du ciel comme un vitrail de Tifany, la spiritualité du muezzin en plus. Une certaine sensualité que le chergui rasant fait ressentir à la foule lente qui déambule sur la place. Lumière richement chatoyante qui charme, envoûte par son opalescence au matin.
Au soir un soleil blanc s’irradie, décline, disparaît en un instant : nuit spontanée.
La place fourmille, compacte, touffue, la masse oscille, traversée de courants humains entre les gargotes numérotées aux fumets attirants - on salive - des braseros s’élèvent les fumées lourdes des grillades que la brise emporte aux terrasses des cafés ; mélange de peuples au coude à coude, se frayant un passage, se dressant sur la pointe des pieds pour tenter les femmes apercevoir danser voilées une danse du ventre fascinante, les hommes les yeux fixes captifs ; les charmeurs de serpent - le cobra royal taxidermé – accompagnent, d’une musique aigrelette, irritante, la danse du serpent qui répond au mouvements et non aux sons ; les marchands d’eau de rouge vêtus, large chapeau conique à pompons, font résonner leurs timbales de cuivre rutilantes ; les jongleurs se font applaudir ; à même le sol - sous parapluies ou parasols usés à la trame - des écrivains publics, des diseuses de bonne aventure et des tatoueuses au henné, le conteur envoûte - chaque soir un épisode, les gnaouas dansent au son des crotales, leurs têtes – coiffées - d’un bonnet ou pend une ficelle - qu’ils font tourner comme tournent les robes des derviches.
On se bouscule, se presse, se faufile. Sur ce qui est censé être la chaussée, des vélos sans catadioptres, ni lumière, des mobylettes - on y monte à deux, trois parfois quatre avec un enfant - pétaradantes, des ânes carrioles, des calèches et des autos qui klaxonnent, le tout en tous sens et les piétons au milieu, quelle masse dense ; l’agent de police siffle à n’en pouvoir, les faux guides accostent, vous tentent, soutirent quelques dirhams.


