Fin de Ramadan
Humide.
Il bruine.
Ce matin les trompettes ont raisonnées, appel à la fête du lendemain de fin de ramadan. Quelques pétards d’enfants.
La rue encore vide, la place aussi.
Seul le marchand de journaux, présent au quotidien, engoncé entre grilles du Café de France et son étal constitué de planchettes diverses, assemblées depuis des lustres, dès l’aurore patiente. Lui n’a de place que – pour ceint des journaux – s’asseoir. Toujours vêtu de sa djellaba marron, capuche recouvrant partiellement sa blanche barbe emmêlée. De l’aube au crépuscule il attend. Protégé –soleil ou pluie - par son parapluie noir, fatigué par le temps, il regarde d’un œil vide, las, la place que traversent quelques rares passants.
Parfois - son petit fils, moins de huit ans – le remplace. Ce dernier l’aide à grimper sur un fauteuil roulant, le mène à la mosquée d’en face faire sa prière.
Il bruine et c’est triste.
Un vent se lève faible, juste un courant d’air qui s’insinue dans les cous.
Ce matin cafés et bars ont réinstallés leurs terrasses. La vie normale va reprendre ses droits : habitudes !
En fait ni ce jour ni le lendemain. Demain les enfants seront à la fête, vêtus somptueusement, richement, les parents djellabas blanches, neuves ; on sort les atours les plus opulents, les plus précieux ; on rend visite à la famille, aux amis ; agapes toute la journée et le soir. La foule envahit Jaama.
Marjane la grande surface fermée deux jours : incroyable !
Vie au ralenti en attendant la …Reprise !
Même les couturiers – les hommes étant plus réputés que les femmes pour cette activité – eux, qui chaque jour commencent les premiers, finissent les derniers, même eux se reposent, nulle activité.
Les hammams : fermés eux aussi !
Les enterrements se succèdent. Sur un catafalque – simple planche de bois – le corps enveloppé d’un drap, d’un linge. Les hommes – il n’y a qu’eux – devancent. Quelques uns psalmodient.
Bouch profite de tout le monde. Squatte à droite et à gauche. Un sans gène naturel à surprendre un Européen ! Chez lui aucune arrière pensée de profit. A quarante quatre ans ne possède qu’un méchant tapis, quatre vêtements usagés, une seule paire de chaussure éculée. Il sourit édenté, ses yeux de plaisir, il vit. Demain est un autre jour ! L’avenir il n’y songe. Ah, oui, fonder un foyer, un jour, quand il aura de l’argent. De l’argent dès qu’il en a « un peu » le dilapide sans compter. Une nature d’artiste en son genre. Il marche saccadé, son nez busqué semblant vouloir rattraper ses chausses. Il sourit encore. Vous l’engueulez il sourit. Désarmant ! Il vous prend – n’emprunte pas – dix Dirhams, ne vous les rendra jamais. C’est demandé avec gentillesse. Vous lui donnez une corvée – même rebutante – nettoyer, curer les égouts : il s’y met.
Mais dès qu’il y a du personnel il en use, en abuse ; laver ses slips, cirer ses chaussures, lui faire le thé, son repas. Il s’impose. Si vous n’y prenez garde il régente.
Fatima subit. N’ose rien dire, marmonne, sourire coincé.
Bouch invite, chez vous, ses copains artistes. Ils fument kif, boivent force thé lorsqu’il n’y a pas d’alcool. Déblatèrent ; l’un peint, un autre mange, commente le tout en arabe à n’y rien comprendre.
Les doigts forment pince. A l’aide du pain raclent le tajine. Les doigts – pouce, index, majeur – déchirent la viande, le poulet. Il n’y a que le couscous qu’ils mangent à…la cuiller, mais il en est encore qui font, avec la main, des boulettes !
Après repas rotent, éructent. C’est normal !


