Derb de son Riad
Chacun doit nettoyer le derb devant sa porte et ce sur toute la longueur de son Dar ou Riad. Des querelles de voisinage naissent à cause des ordures. Les encombrants ne sont pas ramassés par les éboueurs. Alors on fait « glisser » subrepticement les détritus devant la maison de l’autre. Disputes, chamailleries, altercations. Il faut payer un « carrossa » (charrette) pour se débarrasser de ces immondices. Or, personne ne veut payer !
Les chats profitent de l’aubaine, prennent leurs aises sur le tas qui reste là, jusqu’à ce que l’un cède.
Les chats, leurs petits règnent dans les derbs. Chassant les souris, miaulant à la nuit, courant les terrasses, urinant, déféquant n’importe où, laissant odeurs nauséabondes et tenaces aux murs. Chaque soir fermer l’accès aux terrasses sinon…
« Roya…Mon frère… ». L’entrepreneur Mohamed – le tâcheron – embrasse quatre fois l’Européen. Il veut amadouer celui-ci qui, fâché tout rouge, mécontent du travail réalisé, des délais et des avances substantielles versées, estime que le chantier n’en est qu’au tiers alors qu’il dit avoir réglé plus de la moitié.
Le tâcheron jure ses grands dieux que le travail accompli correspond à du traditionnel, que c’est long, coûteux parce que fait à l’ancienne, terre récupérée tamisée, pisé, badigeon, toute la technique ancestrale y passe « en ce temps là il n’y avait pas d’architecte… ». Il noie l’Européen en une logorrhée litanie entremêlée de suppliques, geignements, promesses diverses qu’il sait pertinemment ne pouvoir tenir. Obtenir encore de l’argent son unique souci !


