Clients de maison d’hôte
A l’aube de ma salle de bains j’ouis un bruit furtif provenant de la chambre de l’étage. J’aperçois un jeune homme en sortir et descendre en catimini les escaliers, s’en aller. « Il a payé » me dis-je.
La veille – vous en souvient-il ? – nous fumes tancés par les voisins. Cela pouvait prendre des proportions et un développement que nous ne saurions maîtriser.
Fatima se levant dit :
Il y a deux filles dans la chambre du haut.
Quand, comment sont-elles venues ?
Vers cinq heures du matin j’ai entendu la porte. Je ne les ai découverte que ce matin.
Quel menteur cet Abdel. C’est pas bien ça. Les voisins savent que c’est moi qui ouvre la porte. S’ils portent plainte j’irai en prison, et ma petite fille, « la pauvre » ?
Abdel tu avais dit que les garçons seraient seuls. Or il y a eu des filles. Tu le savais. Tu as menti
Ecoute, elles sont plus là maintenant…
Coups sur la porte.
Le fils du propriétaire de l’hôtel, le voisin, méchants, colère.
Là c’en est trop. On les a vues sortir. Ici, on voit tout, on sait tout. Le derb est petit. On va faire une pétition. Le muezzin participera. On vous fera renvoyer. On l’a fait pour le précédent locataire. On vous avait prévenu ! Il faut respecter l’Islam.
Ecoutez…Je comprends. Je ne sais pas trop la loi, les règles. Je vais me renseigner. Je vous fait savoir quoi dans la soirée.
Bouch, Fatima, Abdel s’engueulent. Je ne saisis rien. Bouch pessimiste entrevoit et annonce le pire.
- Avec le muezzin avec eux, tu es sur d’aller en prison. Déjà…
- Non, non, moi j’ai eu ça, dit Abdel.
- Tu as eu ça une surprise partie chez toi. Ce n’est pas un hôtel. Nous, c’est grave. Incitation à la débauche.
Fatima se lamente. Ses yeux roulent. Secoue sa tête comme en transe. Perdue entrevoit l’enfer des geôles.
Quel est le risque réel ?
Ils ne sauront répondre. Décision est prise de ne plus recevoir de marocains non mariés. Coups à la porte. Entre un marocain qui s’entretient aussitôt avec Abdel. S’assied. Demande un café. Je ne sais pourquoi, je refuse. Dialogue en arabe, à voix basses entre cet homme et Abdel.
- Je dois sortir.
- Je viens avec toi. Où tu vas ?
- A Guéliz.
Au moment de sortir Fatima me glisse à l’oreille :
- Il a demandé à Abdel une chambre pour des putes.
- Merci.
- L’homme et Abdel me suivent.
- Abdel rejoins moi dans deux minutes ?
- D’accord, d’accord.
Je patiente à l’angle du Derb. Palabres au loin entre les deux hommes. Je m’impatiente. Fais signe à Abdel de me rejoindre.
- Ce mac veut des chambres pour des putes. Tu sais bien que nous avons décidé de ne plus accepter. Je ne peux. On a déjà assez d’emmerdes comme ça !
- Oui, oui, je sais. Mais tu veux pas qu’il aille dans ton autre Riad ?
- T’es fêlé. Vraiment tu comprends rien !
- J’ai vu des amis. Vous avez raison. Il faut un papier qui prouve le mariage. Moi, je ne parle ni ne lit l’arabe. Bon. Je ne savais pas trop. Je croyais les gens. Dorénavant je demanderais les papiers. Nous suivrons les préceptes de l’islam. Vous pourrez même - étant sur le passage - vérifier, questionner. Merci de m’avoir ouvert les yeux.
- On veut pas vous embêter. Vous, vous êtes calme. Mais c’est interdit même pour un(e) Européen(e) d’être à l’hôtel avec un(e) marocain(e). Il faut respecter nos règles, notre mode de vie. Le derb est petit. En plus votre porte est située face à celle de la mosquée. Si je voulais tous les soirs je remplirais mon hôtel avec des couples non mariés. Ils sont prêts à payer – certains – jusqu’à mille Dirhams la chambre ! Pour la nuit ! On sait que vous avez crée une association artistique et culturelle. Ca se sait. Vous recevez des musiciens. Il faut toquer à la porte des voisins de tout le derb pour prévenir si vous faites une soirée gnaouas qui dure toute la nuit. Il faut respecter vos voisins. Je peux visiter votre Dar ?
- D’accord. Là, j’ai un rendez-vous, mais en revenant…
Je raconte la scène à Fatima et Bouch qui respirent, se sentent apaisés, calmés. Fatima a mal à la tête.
- Demain laisse moi dormir jusqu’à une heure de l’après-midi. J’ai la tête fatiguée. Ou vas-tu maintenant ? Prends un pull, il fait froid. Que veux-tu que je te fasse à dîner ?
Prolixe sa peur ayant disparue !


