Chocolat Marrakchi
Deux nuits qu’il pleut. Une pluie douce. Il neige sur l’Atlas. Les rues maintenant sont de « chocolat » comme ils me le disent « c’est le chocolat Marrakchi ! ». Toute la poussière, le sable forment un magma spongieux, marronnasse en lequel on s’enfonce, se suivant les uns les autres, attentifs où l’on pose le pied, puis on glisse, les chaussures s’imprègnent de boue, s’humidifient. Les bas de pantalons se crottent. Les pieds dans la boue on s’évertue à éviter le faux pas où la chaussure s’enfonce dans la masse spongieuse. On se suit à la file indienne évitant de marcher sur les légumes, repoussant l’âne qui passe, la charrette qui se faufile, les enfants qui – pieds nus – sautillent.
A même le sol, sur du méchant plastique, du vieux tissu, du papier, légumes et fruits posés sont en contact avec ce magma. Une vaguelette naine, née du passage d’une charrette, vient s’épandre sur les premiers légumes !
Au loin Mohamed l’instituteur sourit, content de vivre, un rayon de soleil éclaire sa « bonne bouille », il accueille à bras ouverts, tient boutique les demi journées où il n’enseigne pas.
Comme tous il voudrait bien faire quelque chose pour gagner plus, comme tous il en discute des heures, comme tous n’entreprendra aucune démarche, ne cherchera pas vraiment, comme tous comptant sur Allah !
Il voudrait bien partir à l’étranger, obtenir un visa, la France ne les accorde pas facilement ; tous les jours devant l’entrée du consulat une longue queue patiente le long du mur, d’espoir chacun espère, palabrant, discutant, négociant avec les gardes de faction qui n’en peuvent mais…
« J’ai fait un rêve… » C’est ainsi qu’Hassan II s’est adressé à son peuple à la télévision pour lancer la marche verte. Trois cent cinquante mille personnes – l’équivalant de la croissance annuelle de la population – pendant un mois se sont mobilisées et dirigées vers le désert. Logistique de la gendarmerie royale exemplaire, parfaite. Nul n’eut faim, ni froid. Le peuple applaudit. Chaque six novembre la commémoration a lieu dans le pays. Les anciens – tel Abdelssalam – qui y ont participé – fiers – s’expriment et racontent comme une campagne de guerre leurs hauts faits !
J’apprendrais, beaucoup plus tard, que tout était prévu, préparé dans le plus grand secret depuis deux ans !
Ce bébé sur le dos, tenu par un linge croisé sur la poitrine – Fatima porte sa charge, vaque à toutes ses occupations ainsi équipée. La fillette ravie – de tous ses yeux regarde, observe, suit le moindre mouvement maternel, gazouille de plaisir, sa mère lui parle en arabe, pour la gronder utilise le …Français !


