A la recherche d’un riad
Ouiba longue, fine, mince, des cuisses de cigogne, outrageusement fardée, lèvres surlignées, passe la journée enfermée en la chambre : attendre le Français. Patiente. Se dit qu’elle veut qu’il l’épouse. Lui profite de son corps.
Femme et enfants l’attendent en France.
Elle – l’épouse – le croit très occupé à régler les problèmes liés aux travaux de son Riad.
Lui fait la fête, sort la nuit entraîne avec lui des « traînes savates » leur paie whiskies, bières, croit ainsi se faire des amis, se prend pour Laurence D’Arabie, se veut seigneur, voire royal. Sa cour l’entoure, le flatte, sait lui faire dépenser, l’extorque, lui fat ne s’en rend compte ; ravi pontifie ; eux profitent ; à peine sera-t-il parti qu’il sera oublié ; les cadeaux offerts téléphones, vêtements les revendront se disant « Il paiera encore la prochaine fois… ».
Ouiba l’accompagne à l’aéroport, espoir de le revoir. Elle l’attendra. Entre temps retournera en sa famille se fera traiter de pute, elle toute entière acquise au Français, ne dira mot…
Attendre !
- Tu viens visiter ? me demande Abdel
- Quoi ?
- Un Riad magnifique. Cèdre, zellige de Fès, sculptures anciennes, deux fontaines. J’ai jamais vu ça.
- C’est où ?
- C’est un peu loin…
- On peut y aller à pied ou il faut prendre un petit taxi ?
- Si tu veux à pied.
Nous voilà partis. Et de marcher. De traverser le souk, puis de remonter vers le quartier de Bab Aylane, puis de marcher encore et encore. Presque trois quart d’heure !
- Mais dis donc qu’est-ce que ce doit être lorsque c’est loin !!!
- C’est comme ça !
Il toque à la porte, deux coups discrets qui résonnent. Pas de réponse. A nouveau deux frappes légères. Sans écho. Personne.
- Tu avais pris rendez-vous ?
- Non…
- Alors on a marché tout ce temps là pour rien ?


